30.11.06

Zombi

Si je me dis zombi, une bonne partie du temps, le terme zombi a ici un sens bien précis. Ce n’est pas que je n’ai pas de phénomènes de conscience, bien que celle-ci soit comme hypnotisée, ligne plate bruit continu sur un oscilloscope. Ce n’est pas possible si facilement, faut pas croire. Pour cela, il faut de puissants artifices.

Oh, sans doute qu’il ne se passe rien de rien dans notre vie, que nous vivions dans un environnement qui ne nous chatouille d’aucun stimuli, que nous n’ayons même pas de souvenirs émotionnellement forts à nous mettre sous la dent, peut contribuer à nous abrutir profondément, mais l’abrutissement n’est pas la zombification, même si l’on peut considérer (et encore) que la zombification est un abrutissement.

Je suis zombi quand je pense à quelque chose, à une image. Qu’elle soit devant mes yeux ou dans ma tête, ce n’est que dans ma tête qu’elle est saisie. Là, elle ne résonne pas exactement, mais s’amplifie, ou plutôt devient un pur infini, une froide incandescence. Cela se marie très bien avec le corps occupé à une occupation répétitive qui permet de s’oublier, d’oublier le monde qui m’entoure.

Dans les cas les plus perfectionnés, il y a une sorte de mise en boucle du corps avec séparation de l’esprit, ce qui permet à l’un comme l’autre d’être éveillé pendant des heures et même des jours durant, fonctionnant comme une drogue non véritablement répertoriée comme telle, ou du moins pas en ces termes. J’ai fait ainsi un petit test, une fois que j’avais dix jours devant moi tranquille sans dérangement assuré, et bien, sur un jeu vidéo, à ne faire que ça, je n’ai dormi sur ce temps que trois nuits de dix à douze heures, en mangeant pas grand-chose (et avec un peu de café et de coca, et des clopes, mais même moins que d’habitude).

Le jeu vidéo est particulièrement zombifiant parce qu’il est un dispositif perfectionné. Là, en l’occurrence, je ne pensais qu’à ce qui défilait devant mes yeux, l’incandescence froide se trouvant derrière cette perpétuelle agitation. Dans d’autres cas, avec des jeux plus nuls (c'est-à-dire avec moins de signes, et moins d’interaction entre les signes) et plus lents, il n’y a quasiment que ce pur infini.

Evidemment, ce phénomène se retrouve en dehors du jeu vidéo, par exemple avec de simples images, l’important alors étant l’image, la seule image, l’image fixe. Mais de toutes les manières, la zombification est captation par le désir, captation du désir lui-même. C’est une manière de le brancher facilement, directement et le plus simplement du monde, une sorte d’onanisme nul. Bien sûr, des pouvoir peuvent s’en servir, blablabla. N’empêche que, dans un contexte où l’on reste seul comme un con avec son désir, où l’on n’a aucune chance de lui faire prendre forme, de le développer, le compliqué, dans des formes proprement sociales, plutôt que de marcher dessus à pieds joints histoire qu’il ferme sa gueule, c’est une manière de l’entretenir. Bien sûr, le pouvoir peut veiller à cette raréfaction, blablabla.

Bref, la question n’est pas d’arrêter d’être zombi, genre « il le faut ! », un « tu-dois » de plus ou de moins… mais bien plutôt d’en sortir.

Pour ceux, il en existe, qui pensent que la zombification est vraiment un stade particulièrement dépravé et gravement pathétique, il faut quand même dire qu’elle relève du mysticisme, au cas où certains ne l’auraient pas compris. Bon, on en a fini avec la « foi » et toutes ces conneries, ce ne sont plus que des techniques et des ‘‘croyances’’ relativisées, mais on atteint par là une certaine profondeur, un certain ‘‘point de vue’’ ou ‘‘savoir’’, qui ne nous permet certes pas de dire grand-chose sur le monde (à moins de verser dans la psychose, comme certain auteur de naissance grenobloise), mais nous aide à nous comprendre et nous saisir nous-mêmes (il va de soi que l’on peut aussi en rester là, sans jamais remonter à la surface, prisonnier de ce qui nous capture : c’est alors que nous nous sommes perdus).

Toutes les ‘‘expériences mystiques’’ nous garantissent des fonds à partir desquels, sans y retourner mais en en gardant la trace, le souvenir, nous pouvons mieux être ensuite, à condition de ne pas se perdre (ce qui veut déjà sans doute dire, mais là je sèche en fait, ne pas se perdre dans l’expérience elle-même, ne pas se laisser absorber par ce qui capte notre désir). Bref, c’est loin d’être une fin en soi.

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